QG, lieu d’espoir et d’impatience
C’est là où tout, ou presque, se joue. Où candidat, permanents, bénévoles, militants et sympathisants se croisent, se motivent, y croient. Pour certains, installés dans un quartier chic, pour d’autres dans des quartiers plus populaires, les QG se veulent le reflet de la campagne. Ambiance.
Le lieu du rendez-vous était pourtant clair : boulevard Malesherbes, au numéro 64. Pourtant, aucune affiche, ni même de panneau, pas non plus de nom pour confirmer l’information. Le QG de Marine Le Pen serait-il bien là ? La gardienne hausse les épaules, un brin agacée. « Quoi ? Le Front national dans mon immeuble ? Jamais de la vie ! » Et pourtant, le Comité de Marine Le Pen s’affiche sous un discret CMLP sur la sonnette. Il faut montrer patte blanche avant de monter à l’étage. Là, un gaillard taillé dans le roc et à l’accent de l’Est vous dévisage. « C’est vous qui avez sonné ? C’est pour quoi ? » L’accueil est frais, pour le moins. Certes, il monte la garde, mais avec le sourire, cela pourrait être bien aussi. La candidate arrive, suivie de son garde du corps. Thierry Légier, le crâne chauve et l’œil affûté, a protégé le père pendant 20 ans. Il s’occupe maintenant de la fille, avec la même détermination. Autant dire que « qui s’y frotte s’y pique »… certains journalistes, pas toujours tendres avec la candidate frontiste, en savent quelque chose. À l’exemple des autres QG, hormis celui du Front de gauche, nul ne propose de café. Pas le temps. C’est la campagne !
Les relations avec la presse : stratégiques
Chez François Hollande, c’est le calme avant la tempête des derniers jours. Même la porte d’entrée en bois massif de l’hôtel particulier du 7e arrondissement s’ouvre avec délicatesse. Dans le hall, un escalier de pierre dessert les 3 étages et les 1 000 m2 que compte le QG, le plus grand de tous les candidats. Le plus cher aussi (lire en encadré). Dans le hall, Léna, 23 ans. Étudiante en master de sciences politiques, elle est « venue prendre la température de l’élection » et, pourquoi pas, proposer ses services. « J’adorerais rejoindre l’équipe de rédacteurs chargés des discours. »
Au premier étage, Dominique Bouissou et son équipe assurent les relations avec la presse. Jusque-là attachée de presse du parti socialiste, elle a été détachée auprès de François Hollande pour la campagne et s’efforce de gérer les centaines de demandes d’interviews du candidat. Nous n’aurons malheureusement pas cet honneur… « Maintenant tous les déplacements sont poolés. » Comprenez : place aux médias nationaux, télés et radios ! Dommage pour nous...
La quinzaine d’attachés et d’assistants de presse s’occupent de la revue de presse, pour ne rien manquer des bons mots, des idées des autres, des flèches empoisonnées et autres nouvelles du même cru. D’autres s’affairent à mettre à jour le site Internet. Il en va d’ailleurs de même dans tous les QG où bénévoles et permanents ont été recrutés pour l’occasion. Telle une fourmilière, ils sont nombreux à avoir rejoint un mouvement, « pour participer à la campagne de l’intérieur ».
« La campagne est courte. Autant y aller à fond »
Au QG du Front de gauche, l’ambiance est tout autre. Chaleureuse, conviviale, à l’image de ces bénévoles qui viennent, le temps d’une matinée ou d’une journée, assurer la permanence téléphonique et l’accueil des sympathisants. Le lieu ? Une ancienne usine à chaussures aux Lilas, en banlieue parisienne, rebaptisée QG pour l’occasion. Andrée Dougoud est une adhérente de la première heure. Avant, elle militait au Parti de gauche mais elle a suivi Jean-Luc Mélenchon à la création de son parti. « Aujourd’hui, c’est assez naturel pour moi de venir faire la permanence. Sinon, je suis sur le terrain, je distribue des tracts, je suis les assemblées. Je fais du porte-à-porte aussi. La campagne est courte. Autant y aller à fond », assure-t-elle dans un sourire.
Du côté du 15e, le QG du président-candidat s’affiche sur toute la largeur de l’immeuble. Un espace que Nicolas Sarkozy a voulu dans cet arrondissement de Paris et en rez-de-chaussée, « pour être proche des Français ». Les bureaux installés sur 600 m2 accueillent une quarantaine de permanents très sollicités. La campagne est avant tout stratégique. Un jeu d’échec qui se joue en à peine quelques semaines… Et qui commence dès l’accueil. Là encore, il faut montrer patte blanche pour entrer et même rencontrer une attachée de presse est compliqué. « Envoyez un mail », « Rappelez plus tard », « Vous avez envoyé un mail ? je vous donne une autre adresse »... Et à ce jeu, nous n’aurons pas le temps d’une visite…
Si le jeu des candidats se fait à la tribune, il est clair qu’il ne peut se passer de cette cheville ouvrière qui, dans l’ombre, œuvre à la victoire.
Quelle surface pour quel prix ?
Selon plusieurs sources, et notamment le magazine économique Capital, un QG se loue entre 10 000 et 40 000 euros par mois. La palme du plus cher revient à François Hollande, installé dans le 7e arrondissement de Paris, et dont le loyer s’élève à 40 000 euros (4 800 000 CFP). Viennent ensuite Dominique de Villepin, malheureux ex-candidat dont le GQ du 6e arrondissement coûtait, quand même, 20 000 euros (2,4 millions CFP) mensuels pour son QG, et Nicolas Sarkozy, à quelque 18 000 euros (2,16 millions CFP) pour un rez-de-chaussée dans le 15e. Jean-Luc Mélenchon dans son usine des Lilas et Marine Le Pen, ennemis intimes pour le moins, se rejoignent sur un point : le prix de leur loyer. Autour de 10 000 euros (1,2 million CFP) pour l’un et l’autre. François Bayrou et Eva Joly ont choisi l’économie. Le premier a rénové les 2 000 m2 de l’ancien UDF, et installé son équipe au complet ; et la seconde est accueillie par Les Verts dans le 10e.
