Selon la Fédération des organismes de formation professionnelle, on ne peut parler simplement de formation continue mais bien de formation tout au long de la vie, caractérisée par des enjeux de citoyenneté, de promotion sociale et de croissance économique. Pour sa présidente, Myriam Sanchez, l’évolution passe par l’innovation pédagogique.
Made In : Qu’est-ce que la formation tout au long de la vie ?
Myriam Sanchez : Elle a été définie à Lisbonne en 2000 par les chefs d’état et de gouvernement de l’Union Européenne comme « toute activité d’apprentissage entreprise à tout moment de la vie, dans le but d’améliorer les connaissances, les qualifications et les compétences dans une perspective personnelle, civique, sociale et/ou liée à l’emploi. » Il s’avère aujourd’hui que le dispositif de formation a compartimenté les formations initiale et continue. La première part du primaire et va à l’université, et offre un statut d’étudiant. Mais une fois ces études achevées, on passe sous le dispositif de la formation continue qui induit formation à un métier, à une qualification. Or, tout salarié, tout demandeur d’emploi a droit à de la formation continue tout au long de sa vie. L’enjeu est celui de la citoyenneté et de l’insertion des personnes.
MI : Les Etats généraux ont mis en avant les problématiques sur ce sujet, et notamment la nécessité d’avoir un système formatif innovant. Qu’en pensez-vous ?
M. S. : Effectivement. La formation doit rentrer dans l’entreprise. On doit avoir une « formation Action » pour donner de l’appétence. On n’est pas là pour faire des maths et du français. Aujourd’hui, les jeunes cherchent plus un salaire qu’un métier. Il faut donc que les organismes de formation se remettent en question. Il faut sortir du schéma de la formation initiale, et innover d’un point de vue pédagogique, en trouvant notamment des passerelles avec les entreprises. Les apprenants pourraient ainsi bénéficier d’un matériel actuel, haut de gamme et seraient alors tout de suite opérationnels. Nous devons donner envie aux jeunes de venir…
MI : Comment ?
M. S. : On pourrait par exemple réfléchir à un « passeport compétences ». Il attesterait de l’acquisition de certaines compétences, validée par l’employeur. Le système anglo-saxon travaille plus sur la compétence que le diplôme, contrairement à notre système. Les organismes de formation doivent modifier leur propre pédagogie et évoluer vers l’andragogie qui prend l’adulte dans sa globalité.
MI : Qu’est-ce que l’andragogie ?
M. S. : C’est la formation pour adultes qui s’oppose à la pédagogie, qui est à destination des enfants. On n’apprend pas à un adulte comme à un enfant. Un adulte a un vécu. Il est passé par la formation initiale et a besoin de conforter ce qu’il sait déjà. Tous les organismes de formation sont conscients de ce nécessaire virage. Même la Nouvelle-Calédonie qui propose maintenant une formation de formateur qui n’existait pas auparavant. Elle donne les bases pour l’exercice du métier. C’est une formation AFPA qui a été retenue. Je dirais simplement, à ce propos, que les compétences des organismes de formation calédoniens ne sont pas assez consultées. Il y a un défaut de confiance sur l’ingénierie de formation sur le Territoire. Et pourtant, elle existe.
MI : Vous parliez de formateur de formateur. Ne peut-on imaginer recruter parmi le corps enseignant de la formation initiale ?
M. S. : Professeur et formateur n’ont pas les mêmes compétences, ne serait-ce qu’en raison de leur public. Aujourd’hui, clairement, la difficulté est de trouver des formateurs. On les recrute en métropole ou on privilégie un diplôme et une expertise professionnelle, mais cela ne fait pas forcément de vous un bon formateur. C’est un vrai métier. En andragogie, le formateur travaille avec l’existant, le potentiel de l’apprenant et cherche à le mettre en valeur. Tout le monde a un savoir, quel qu’il soit. La formation pour adulte, c’est de la pédagogie de la réussite en permanence. C’est tout cela qu’il faut modifier. Et c’est aussi la raison pour laquelle la formation et l’accompagnement sont indissociables.
