L’association calédonienne pour le travail et l’insertion vers l’emploi (ACTIVE) met en œuvre des dispositifs d’insertion au profit de personnes en recherche d’emploi. Fréquentés également par des travailleurs handicapés, ces ateliers d’employabilité sont un tremplin certain pour retrouver du travail et renouer, en confiance, avec le monde professionnel.
« Le déclic, je l’ai eu il y a un an, quand j’ai pu retrouver une certaine mobilité ; il fallait absolument que je retravaille. » Maurice a 44 ans. Il est travailleur handicapé au sein des ateliers d’Active, association calédonienne pour le travail et l’insertion vers l’emploi. « Nous l’avons pris d’abord en formation magasinier, puis nous nous sommes vite aperçus qu’il était tout à fait compétent pour tenir le poste et nous allons donc lui proposer une embauche ferme.» explique Aurore Delvalle, directrice d’Active. « J’ai eu un très grave accident en 2002, une plaque de marbre m’est tombée dessus et j’ai été brisé, avec de grosses difficultés pour me mouvoir », raconte Maurice pudiquement. « Très longtemps, j’ai eu la rage, et je n’ai pas été soutenu pendant cette période difficile ; je devais me déplacer par mes propres moyens, je faisais du pouce, et parfois j’étais tellement fatigué que je m’allongeais dans les fossés » poursuit-il en secouant la tête, comme pour chasser un mauvais rêve.
Orienté par le bureau des travailleurs handicapés (BTH) du service emploi formation (SEF) vers Active, Maurice reprend confiance en lui et assume mieux le regard des autres. « Ce n’est pas facile de parler de son handicap, en plus j’ai une hygiène de vie particulière, je dois faire des exercices régulièrement, je gère mon travail en alternant les positions debout et assise, et j’aimerais ne pas devoir l’expliquer tout le temps. Ici c’est bien, car on m’a rapidement compris », explique-t-il. « J’ai mis du temps à reconnaître mon handicap. D’ailleurs, je ne voulais pas être reconnu comme tel, et puis j’ai pensé à l’avenir. Je me suis dit qu’avec l’âge, mon handicap s’accentuerait peut-être, et la pénibilité du travail avec. Je suis chargé de famille, alors j’ai entamé une procédure pour obtenir cette reconnaissance. Parallèlement à ces démarches, le fait d’occuper un poste ici m’a fait reprendre confiance en moi. »
Regagner la confiance
« La confiance, l’estime de soi sont les éléments qui sous-tendent notre action dans le cadre de l’insertion professionnelle » affirme Aurore Delvalle. Articulé en plusieurs types d’action, le dispositif d’Active s’adresse à tout type de travailleurs. « C’est vrai que nous avons observé une augmentation de travailleurs handicapés - prescrits principalement par le SEF - au sein de nos ateliers d’employabilité » indique-t-elle. Le principal barrage à surmonter, notamment lors du premier entretien d’admissibilité aux différents programmes d’insertion, est leur handicap. « Il s’agit non pas de l’occulter, mais de valoriser avant tout leurs aptitudes », confirme la directrice. Les programmes d’insertion, notamment Appui, Étape et le bilan approfondi s’orientent largement sur cette estime de soi et la sociabilité.
« Comment trouver un travail, quel que soit le niveau de compétence, si on ne s’accepte pas ou si on éprouve des difficultés à s’intégrer dans un groupe ? », interroge la directrice. Soutenue notamment par la ville de Nouméa et la province Sud, ACTIVE draine 500 personnes réparties sur une dizaine d’actions. « Nous n’avons pas d’obligation de résultat en termes de placement, mais la très grande majorité des stagiaires d’APPUI trouve du travail, et notamment les travailleurs handicapés ». L’association cherche constamment à mélanger les publics (handicapés et non) pour créer une émulation très enrichissante et propice au développement et à l’épanouissement personnels. « Ces dispositifs d’insertion permettent, notamment aux travailleurs handicapés, de se positionner en situation de réussite et de mieux accepter leur handicap », tient à souligner Aurore Delvalle.
Objectif : être employable
Dehors, c’est l’heure de la pause, notamment pour les stagiaires et les formateurs du dispositif Étape. Marc y dirige l’atelier « Confiance en soi ». « Mon but, c’est de faire prendre conscience aux travailleurs handicapés que leur handicap représente un instrument de construction de soi ». Mais une fois cette confiance acquise, l’objectif reste l’employabilité des travailleurs. Le réseau des entreprises de l’association revêt une importance capitale pour la réalisation de cet objectif, car il permet de proposer des parcours d’insertion avec chantiers. Cette expérience permet de mettre en valeur et de valider les compétences des travailleurs. Pour accroître l’employabilité des travailleurs et coller aux exigences du marché du travail, ACTIVE a aussi choisi d’affiner et d’adapter encore plus ses prestations. « L’intérêt de ces dispositifs pour les demandeurs d’emploi est important, mais nous ne pouvons pas toujours répondre immédiatement à une demande d’intégration, car le calendrier des sessions est fixe », reprend la directrice d’ACTIVE. « C’est pour cette raison que nous allons élaborer avec le SEF des dispositifs ad hoc qui nous permettraient d’intégrer quasi spontanément les demandeurs d’emploi dans un programme d’insertion plus modulaire. La réussite de l’insertion professionnelle passe indéniablement par l’attention portée à la personne et par la flexibilité dans les solutions que nous proposons » conclut Aurore Delvalle.
LES TYPES D’ACTION D’ACTIVE
APPUI : accompagnement personnalisé des publics en insertion .
APPUI vise le développement de l’employabilité des demandeurs d’emploi avec l’accès à l’emploi ou à la formation. Pour cela, il permet de :
- Reprendre confiance en soi,
- Construire un (ou des) projet(s) professionnel(s),
- Mieux connaître le monde du travail,
- Acquérir les règles de l’employabilité,
- Dynamiser sa recherche d’emploi.
ÉTAPE : entretiens, travaux et ateliers de progression vers l’emploi
ÉTAPE vise la reprise de confiance en soi, la réappropriation des savoir-être et la sensibilisation au monde du travail.
ÉTAPE accompagne le demandeur d’emploi à :
- Apprendre à mieux se connaître,
- Reprendre confiance en soi,
- Valoriser ses capacités personnelles,
- Renouer avec le lien social,
- (Ré)adopter les règles de l’employabilité,
- S’informer sur le monde du travail.
Ces programmes sont financés par la province Sud.
ILS TÉMOIGNENT…
Laphaele,grand brûlé
« Longtemps, je suis resté sans emploi, puis on m’a donné ma chance et j’ai travaillé pendant 3 mois pour l’entreprise VEGA. Mon contrat s’est terminé et j’ai été orienté par le BTH (bureau des travailleurs handicapés) vers le dispositif ACTIVE. Je veux retrouver un emploi, accepter le regard des autres et m’accepter aussi tel que je suis. »
Jean-Yves, handicapé moteur
« Je travaillais dans le bâtiment quand j’ai eu mon accident. Reconnu comme travailleur handicapé, j’ai voulu suivre un des dispositifs d’insertion professionnelle proposés par l’association pour faire un bilan et penser à ma reconversion. Je n’ai pas tellement envie de rester sédentaire dans un bureau et j’aimerais être vigile dans une entreprise. »
Myriam, 26 ans, handicapée moteur
« J’ai travaillé longtemps dans la restauration et la station debout m’était pénible. J’ai décidé de me faire reconnaître travailleur handicapé, mais je veux pouvoir occuper un poste. Je ne sais pas encore ce que je peux faire et je suis ici pour définir mon projet professionnel. »
