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Avr
04
2011

La coutume n’empêche pas la modernité

Jacob Wabéalo, grand chef du district de Bako Jacob Wabéalo, grand chef du district de Bako

Pour Jacob Wabéalo, grand chef du district de Bako depuis 4 ans, l’avenir de la Province passera par le foncier coutumier. Un changement nécessaire, voire indispensable pour le développement du Nord.

Made In : Comment est venue l’idée d’installer une zone artisanale sur Bako ?
Jacob Wabéalo : À l’origine, c’est la province Nord qui nous a sollicités pour savoir s’il y avait une possibilité d’utiliser les terres coutumières. Elle manquait de terrains pour ses programmes d’aménagement, et voulait notamment construire un centre de contrôle technique via la DITTT. J’ai été le premier à accepter, car il faut aller de l’avant. Cela me paraissait évident et intéressant. Nous avons beaucoup de foncier, de la montagne jusqu’à la mer, mais qu’en faisons-nous ?

Quel accueil avez-vous reçu de votre tribu ?
J. W. : Certains étaient un peu réticents, pensant davantage à ce foncier comme à un espace de chasse. Et puis ils ont compris que cela pouvait être intéressant, financièrement parlant, pour la tribu. Les baux sont emphytéotiques. Le loyer est destiné à la tribu et une partie est redistribuée aux familles. L’autre intérêt est de permettre aux jeunes de rester sur place et de trouver du travail. La difficulté pour eux est souvent celle du transport. En ayant des entreprises à proximité, cela simplifie les choses. Nous restons en lien étroit avec les entreprises qui recherchent régulièrement des personnes à embaucher. La majeure partie du temps, elles jouent le jeu et donnent priorité à l’emploi « local localisé ». Elles commencent par chercher chez nous, puis étendent leur campagne de recrutement à la zone, et ainsi de suite. Jusqu’à présent, ce dispositif a bien fonctionné pour nos jeunes.

Comment voyez-vous ce rapprochement ?
J. W. : D’un point de vue humain, c’est aussi très intéressant, car jusque-là qui aurait imaginé qu’un Caldoche s’installe un jour chez nous les Kanaks ? Prenez par exemple le lotissement Poadjane, initié par la Sofinor près de la zone artisanale Bako. Il a été construit sur des terres coutumières du clan de Bako, et ce sont principalement les enseignants qui y sont logés. L’idée est que chaque clan ait son projet de lotissement qui ne rapporte qu’à lui.

La difficulté réside quand même dans l’accession à la propriété…
J. W. : Aujourd’hui, ce que demandent les jeunes, c’est d’avoir leur propriété privée, près de la tribu. Si les coutumiers sont prêts à accepter de donner le terrain, les banques exigent toujours l’hypothèque du terrain, ce qui rend impossible la construction d’une maison. Sur la zone artisanale, il y a eu un montage spécial, avec le soutien de la Province, qui permet aux banques de s’engager plus facilement.

Y a-t-il d’autres projets sur foncier coutumier ?
J. W. : Oui, sur la zone du clan Bako, on devrait avoir une gare routière, et la SAEML VKP va aussi y construire un lotissement de 30 lots.

Face à cette évolution des mentalités, quelle place reste-t-il à la coutume et aux coutumiers ?
J. W. : Elle reste au centre de notre société. La coutume est indispensable, car elle accompagne les jeunes. Et elle n’empêche en rien la modernité. C’est à nous, coutumiers, d’apporter les solutions et de faire évoluer la coutume par rapport au développement. Il faut avancer 

Est-ce que les autres coutumiers des tribus vous suivent ?
J. W. : Pas encore. Pour l’instant, je n’ai pas vu d’autres tribus avoir des projets sur foncier coutumier. Nous sommes les seuls à avoir essayé de valoriser nos terres… Ce que je regrette d’ailleurs. Mais le jour où ils me croiseront au volant de ma Mercédès, ils se diront qu’ils auraient dû faire comme moi (rires).

Propos recueillis par Charlotte antoine

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