Levier du rééquilibrage, le chantier de KNS confirme la stratégie de l’action provinciale initiée depuis 1999. Paul Néaoutyine, président de la Province Nord revient sur le développement de la zone VKP.
Made In : Depuis quelques années, la zone VKP prend un nouvel essor. Quels sont les points de développement dont vous êtes satisfait ?
Paul Néaoutyine : Les données qui nous sont régulièrement transmises par KNS montrent que les retombées économiques locales des marchés de travaux et commandes passés depuis 2005 jusqu’à fin 2010 représentent environ 83,5 milliards de francs sur un total de plus de 132 milliards de francs. C’est ainsi 63 % de cette somme qui est à ce jour revenu aux entreprises calédoniennes, dont 53 % pour celles implantées en Province Nord, majoritairement dans la zone VKP (36 %). Ces données sont, en soi, un motif de satisfaction, de même que la part d’emploi local servie par la construction de l’Usine (à fin janvier 2011, environ 49 % de travailleurs calédoniens sur plus de 3 300 salariés).
Avec, en ligne de mire, le développement de la zone VKP, poussé par le projet industriel…
P. N. : Bien évidemment, l’objectif est de maximiser les retombées directes et indirectes de l’Usine. Le développement de VKP s’inscrit dans cette dynamique, avec le support constant de notre collectivité, tant en matière d’investissement, d’équipements et de formation, qu’au niveau des dispositifs d’accompagnement mis en place. L’émergence d’une capacité entrepreneuriale locale ainsi que l’insertion des jeunes du Nord dans le monde du travail demeurent les éléments visibles des retombées de cette construction. Mais bien que difficilement cernable aujourd’hui, cette dynamique sur VKP n’en a pas moins influencé l’activité croissante dans les autres communes, et notamment les dynamiques locales mises en place à travers les OGAF (Opérations groupées d’aménagement foncier) et les OCDL (Opérations concertées de développement local).
Quels sont les axes qui restent à développer ?
P. N. : L’insertion des citoyens du Nord, et notamment des jeunes, dans ce développement demeure une préoccupation majeure. Outre l’éducation et la formation, il faut innover en matière de débouchés et d’employabilité en diversifiant et développant des économies nouvelles, notamment celles susceptibles d’être adossées à notre biodiversité. Ces voies impliquent néanmoins une maîtrise de l’impact économique, environnemental, social et sociétal de ce développement en cours.
Comment se concrétise l'engagement de développement des investissements pris après les dernières élections et suite aux critiques formulées à votre encontre ?
P. N. : Ce que je viens de dire demeure la feuille de route de la politique provinciale. Comme c’est acquis, et avant mai 2009, la façade maritime de la côte Est (sauf Kouaoua) ainsi que le Grand Nord (Ouégoa-Poum et Belep) ont été couverts par des OGAF ou des OCDL pour justement capter les induits de ce développement densifié sur VKP. Les critiques lors des élections provinciales de 2009 n’ont, pour le moment, aucun impact sur la mise en œuvre de mon programme d’investiture de 2009. L’exercice est évidemment moins aisé que lors de la mandature précédente, mais l’essentiel de mes orientations est partagé par les élus et notamment par Monsieur Gérard Poadja et Mme Léontine Ponga, qui ne sont pourtant pas affiliés au FLNKS.
Comment voir au-delà de l'usine ?
P. N. : Voir au-delà de l’usine, c’est déjà s’attaquer au court terme en anticipant et en accompagnant les phases de démobilisation des entreprises et de leurs personnels, après la construction. Ce travail, déjà engagé pour les travaux de terrassement, va se structurer et s’amplifier sous la coordination de la Cellule Koniambo, auprès de la Province Nord. Les travaux de maintenance s’ouvrent notamment à nos entreprises en ce qui concerne la mise en exploitation de l’usine. La société KNS fait part de ses besoins aux entreprises locales, qui peuvent trouver un support, via l’association Ecko, pour affiner ces besoins et structurer une éventuelle offre. Parallèlement, en lien étroit avec l’Industriel, les services provinciaux ont bâti une offre de formations permettant de préparer les citoyens volontaires et les dirigeants d’entreprises à ces enjeux, ainsi qu’aux compétences requises par le développement de la zone VKP.
Se projeter au-delà de l’usine, cela signifie également qu’il faut raisonner à plus d’un siècle, car c’est le potentiel d’exploitation qui est envisagé. D’un point de vue plus général, notre développement doit chercher à s’appuyer sur d’autres moteurs que le nickel. Des secteurs tels que la biodiversité, les énergies renouvelables, la recherche appliquée, l’agriculture, les services ou le tourisme recèlent des potentiels qui restent à explorer.
Quel est votre programme en matière de logement, d'accès à la propriété ?
P. N. : Depuis 1991, l’habitat et son amélioration reste l’un des axes principaux de la politique provinciale. Il a commencé sur terres coutumières, pour ensuite se généraliser et se décliner selon les fonciers d’accueil, terres coutumières ou de droit commun, mais aussi selon les niveaux de revenus, et ensuite pour répondre aux besoins de développement des communes, et aujourd’hui de l’urbanisation de VKP.
C’est le programme habitat de la Province Nord que nous avons déjà toiletté à trois reprises ces 10 dernières années, pour y ajouter en 2007 l’Habitat intermédiaire aidé (HIA) suscité par les besoins de l’urbanisation autour de l’usine de Vavouto. Ce programme, initié dès 1999, je l’ai amélioré parce qu’il répond à des besoins et il nécessite encore des adaptations. Mais il demeure un programme lourd qui bénéficie déjà largement aujourd’hui du concours de l’État. Ainsi, et dans le cadre du contrat de développement 2011-2015 actuellement en cours de négociation, j’ai plaidé et je plaide toujours pour que l’État accompagne les besoins en logement sur la zone VKP et sur les communes du nord. Mais dans la perspective de l’émancipation de ce pays et de l’exercice de l’autodétermination, il faudra imaginer des sources de financement propres à se substituer aux transferts de l’État, et pérenniser l’action publique sur ce besoin prioritaire.
Quelle place est faite aux industriels ? Quel accompagnement leur est proposé ?
P. N. : S’agissant de l’accueil des promoteurs et investisseurs en Province nord, sur la zone VKP en particulier, notre politique n’a pas varié. Nous attendons des entreprises qu’elles s’inscrivent dans la durée et favorisent le partenariat avec les compétences et capacités économiques déjà en place. Nos structures sont présentes pour les accompagner, qu’il s’agisse de la Cellule Koniambo - dont les missions sont l’accompagnement de l’Usine du Nord, la vision globale du développement de VKP et la coordination avec les Directions provinciales - ou qu’il s’agisse du lien avec la Maison de l’Entreprise, qui regroupe la CCI-NC et la CMA, pour l’aide au montage de dossiers dans le cadre du Codev de la Province Nord. L’ensemble des services provinciaux et nos antennes décentralisées sont autant de relais de proximité.
Quelle est la position de la Province Nord en matière de défiscalisation des projets industriels ?
P. N. : S’agissant du projet Koniambo, la Province Nord a effectivement plaidé le soutien financier de l’État pour ce projet de rééquilibrage. Un soutien d’autant plus stratégique qu’il vient conforter les 51 % de participation de la SMSP, filiale de la Sofinor, dans le projet du Nord. De façon générale, je suis favorable à la défiscalisation des projets industriels, dès lors que les intérêts de la Nouvelle-Calédonie sont notablement représentés et/ou que lesdits projets pèsent dans le sens du rééquilibrage.
Propos recueillis par Charlotte Antoine
